UNE PROPOSITION POUR FRANCE 3 - 19H 25.
vendredi 9 juin 2006, par Janina
Une courte explication. Un facteur clé de la “crise française” est cette impression que le monde nous échappe, que les évolutions sont incontrôlables. Dans notre pays si attaché au rôle de l’Etat, le sentiment de perte d’influence de la puissance publique est généralisé, déstabilisant, et correspond à une certaine réalité.
De fait, une partie de la puissance publique française a été transférée à l’Union Européenne. Mais l’Europe est très peu et très mal couverte dans nos médias. Les français ne voient donc pas le travail de l’Union. En même temps, ils ne comprennent pas que leur propre Etat donne l’impression de faire si peu. Les français, mal informés, ont alors l’impression d’un vide.
Ce sentiment de vide du pouvoir est un sentiment angoissant, dangereux. Il est heureusement souvent faux. La part de souveraineté accordée à l’Europe est bel et bien exercée. L’Union intervient, régule, fait pression, influence, décide, transforme. Mais pour que cela soit connu, il faut créer des JT Européens en direct de Bruxelles.
Les français sont inquiets devant l’économie chinoise qui apporte une rude concurrence. L’affaire est importante, et elle se joue à Bruxelles. Et comme les médias ne couvre pas l’Europe, qui connaît les dures négociations commerciales et même les mesures de protection prises par l’Europe ? En gros personne. D’ou le sentiment de vide.
Les français sont inquiets de la situation africaine. Immigration, Côte d’Ivoire, SIDA... Actuellement, une vaste entreprise européenne concerne un grand pays au coeur du continent, la République du Congo, victime d’une guerre civile qui a fait 3 millions de morts. Des soldats européens sont déployés pour permettre des élections. Si l’action européenne réussit, la dynamique africaine s’inversera vers la paix. Mais il n’y a aucune couverture dans les grands médias. Comment ose-t-on dire que cela n’interesse personne ? D’ailleurs, si seule l’armée française était engagée, ou même si c’était l’armée américaine qui était engagée, nos médias couvriraient l’affaire.
Les grands médias ont leurs équipes à Paris, leurs correspondants à Washington. A Bruxelles, il y a souvent, au mieux, qu’un vague chargé de l’Europe, de la Belgique et des Pays-Bas. Pas des grandes affaires du monde. Et les français, pas informés, auront la fausse impression que rien n’est fait pour stabiliser l’Afrique en désarroi.
Plus immédiates pour la vie des français : les questions d’environnement. Les médias évoquent de temps en temps des “normes européennes”, mais leur origine reste totalement mystérieuse. L’action européenne a transformé nos carburants, a fait fermer ou a autorisé des usines le long des rivières, a modifié ce qu’on trouve sur nos marchés ou dans nos pharmacies. Ces décisions viennent de propositions, de débats, de jugements des institutions européennes... dont les français n’ont jamais entendu parlé....Dont les grands médias n’ont jamais parlé aux français.
Lorsque la Commission Européenne a bloqué la fusion entre deux grandes entreprises américaines, General Electric et Honeywell, les américains et leurs médias ont été choqués de l’étendue du pouvoir de cette Union Européenne. Les français, eux, n’étaient même pas au courant. Pas étonnant qu’il y ait cette impression de vide.
Aujourd’hui, même en s’en tenant aux traités existants, l’Europe est un acteur majeur des affaires du monde, et aussi de nos petites affaires de tous les jours. La vie de nos agriculteurs, mais aussi celle de nos quartiers, de nos associations, de nos industries, l’évolution de nos rivages et de nos montagnes en dépend, au jour le jour. Priver les français de cette information, c’est les laisser dans ce sentiment de vide du pouvoir qui mine la confiance.
C’est seulement de Bruxelles, là ou ça se passe, que l’information peut être efficacement relayée. Car il faut aussi compter avec le poids des habitudes, qui concerne aussi les journalistes. Comme les français en général, les journalistes sont souvent éloignés de l’action de l’Europe, ne la connaissent pas, ne la vivent pas. Ceux qui seront installés à Bruxelles, la vivront et transmettrons ce qu’ils en voient et en ressentent.
Les JT de Bruxelles doivent s’ajouter aux JT nationaux et régionaux. Leur champ d’action est l’ensemble de la politique européenne. Il s’agit, évidemment, de la politique étrangère, que tous les Etats-membres mettent, par la force des choses, de plus en plus en commun. Le cœur de ces JT est la vie démocratique intérieure à l’Europe : les désaccords, les batailles sur les directives, les débats du parlement européen, les positions des différents états sur différent sujets.
Et ce JT ira quotidiennement au cœur de nos régions, de nos quartiers, de nos entreprises et syndicats pour suivre l’action de l’Europe, et bien sûr pour la critiquer. En aucun cas, le JT Européen ne doit être une transmission de la “bonne parole” européenne. La vivacité des débats, des controverses, est indispensable. L’idée est de faire vivre ce niveau de pouvoir, l’Europe, auquel les français ont délégué une partie de leur souveraineté.
Parmi les télévisions françaises généralistes, c’est naturellement le service publique qui est le plus apte à prendre l’initiative de créer un JT européen. Parmi les chaînes de France Télévision, France 3 est de loin la mieux placée pour lancer le nouveau JT. Avec son information régionale et nationale, France 3 a déjà donné l’habitude de gérer plusieurs niveaux de pouvoir et de proximité. Un JT Européen de 5 minutes au départ s’intercallerait facilement entre les éditions régionales et l’édition nationale, probablement à 19h25. De plus France 3 a déjà mis en place une rédaction européenne à Bruxelles, qui déviendrait alors un véritable pôle de production journalistique.
La mise en place rapide de ce JT Européen ne serait que la transposition médiatique de ce qui se passe déjà en terme de pouvoir. Il n’est pas possible de continuer à laisser croire aux français qu’il existe moins de puissance publique, simplement parce que cette puissance publique est en partie à Bruxelles. Les JT de Bruxelles sont bien une nécessité pour la France.